L’enfer vient aussi de ce qu’on entend

S’il y a un mal moderne qui se fait de plus en plus envahissant. c’est bien le bruit. Rien de plus agaçant et exaspérant. Il nous submerge, nous poursuit. Partout. 

l'enfer vient aussi de qu'on entendIl peut être sournois. Comme celui auquel nous sommes exposés à la maison. Cela pourrait émaner de la clim ou du ventilateur, des casseroles, de la télévision, des cris d’enfants…  Dehors, c’est une vraie galère. On n’en finit pas avec les coups de klaxons répétitifs des conducteurs, des bruissements de moteurs de véhicules, surtout ceux en commun ainsi que la musique tapageuse provenant des maquis et autres bistros.

Comme si cette pollution sonore n’était pas assez difficile à supporter, des individus ont eu ‘’l’ingénieuse idée’’ d’en concocter un, de tout autre gabarit. Eux, ce sont les vendeurs d’articles de tous genres qui, pour la promotion de leurs produits utilisent comme instrument de communication, une association « poste radio – mégaphone ». Ils sont de plus en plus nombreux à investir  nos espaces publics urbains. J’en ai fait l’amère expérience.

Un vrai martyr

Ce matin-là, attendant une amie dans l’un des marchés d’Abidjan, j’essayais de me familiariser à l’ambiance qui y régnait. Pas besoin de vous dire qu’il y avait une variété de bruits dans cet espace de chalandise. C’est d’ailleurs normal et je ne m’en plaignais pas. Mais, plus les minutes s’égrenaient dans cette attente, plus je me sentais harcelée, tourmentée, au bord de l’hystérie. La cause. Un son assez perceptible qui se fondait difficilement dans ce tohu-bohu. Je ne mis pas assez de difficulté pour découvrir d’où il provenait. Puisqu’il me fallait regarder juste derrière moi. C’était un haut-parleur disposé sous un hangar de vente de téléphones portables, dont le micro faisait face aux baffes d’un poste de radio. Les pavillons de ce mégaphone laissaient s’échapper la voix enregistrée d’un jeune homme faisant la promotion de ces appareils téléphoniques.

Si ce n’était que ça, ce billet n’aurait pas lieu d’être. D’autant que cette manière d’attirer les clients dans cet espace très concurrentiel était très innovatrice. Le hic, c’est que l’enregistrement était automatiquement continu. Il reprenait en boucle les mêmes paroles en hurlant: « Venez, venez, approchez. Vente de téléphones portables de dernière génération(…) à partir de 5500F. C’est un prix cadeau que vous ne trouverez nulle part ailleurs(…), approchez, approchez, monsieur, dames ». Pourtant, et c’est ce qui est paradoxal, je n’ai vu aucun client s’approcher de ce stand.

Imaginez, cette séquence enregistrée. Infestée de bruits parasites. Dans le remue-ménage habituel d’un marché – déjà difficile à gérer – crépiter continuellement dans vos oreilles sans s’arrêter. Les mêmes paroles, la même voix, aiguë, intruse et perturbatrice : « Venez, venez approchez (…) Monsieur, dames.», Ce bruit qui rend impossible toute réflexion. Omniprésent. Il s’invite dans toutes vos discussions sans que vous et votre interlocuteur ne vous entendiez. Eh bien, c’est à ce type de bruit, j’ai été exposé pendant 10 minutes environs.  Quelle persécution auditive !

Comme cet aimable commerçant qui m’avait fait une place sur son banc, beaucoup d’autres interrogés auraient comme lui, certainement, donné la même réponse. Celle empreinte de fatalisme : « on va faire comment ? ». Quand mon amie tant attendue arriva, je quittai en sa compagnie cet endroit, traumatisée par ce bruit désagréable sans m’empêcher de plaindre ces commerçants que je laissai derrière moi et qui certainement à l’heure où vous me lisez, subissent encore ce châtiment effroyable pour leurs oreilles et leur système nerveux. L’autre horreur. C’est lorsque ces dispositifs sont juxtaposés…

Comment émerger dans le vacarme ?

Il est vrai que le système économique est libéral. Que chaque acteur est libre de développer la stratégie commerciale ou promotionnelle qui lui sied. Mais si l’attitude irrévérencieuse et égoïste de certains commerçants doit nuire à la quiétude  des populations environnantes, il faut bien s’en offusquer et taper du poing sur la table. N’est-ce pas que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ? Il y a urgence. Vu les graves conséquences tant physiques, psychologiques et économiques que le bruit peut générer. En effet, ces nuisances sonores sont très souvent à l’origine de graves pathologies. Comme la surdité, le stress, le traumatisme, les crises de nerfs,  l’insomnie, le mal-être, etc. De plus, les personnes qui restent longtemps exposées à ces bruits assourdissants et monotones perdent toute concentration dans leur tâche et sont moins productives dans leur travail.

Il est donc temps que le fonctionnement de nos espaces publics soit enfin régi par des lois fiables et claires sur les nuisances sonores. Des lois qui prennent en compte la quiétude et le bien-être de tous. Des lois qui soient respectées par tous, sous peine de sanctions.

 

Arise!

 

Crédit photo: http://sebbyamericabro20.deviantart.com

larissakouassi

Ivoirienne, Je suis de ceux qui croient au pouvoir des mots. Partageons les donc sans retenue.

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4 commentaires sur “L’enfer vient aussi de ce qu’on entend
  1. Maxtan Maxtan dit :

    C’est sûr. A force de les entendre, on finit par ne plus faire attention à ces bruits mais leurs effets nuisibles demeurent. Mais la prochaine fois Larissa, évite d’attendre tes amies au marché. Juste un conseil 😉

  2. Emile Bela dit :

    Un moment donné, on fini par s’y habituer et on y fait presque plus attention… J’ai toujours eu beaucoup de respect pour ces gérants de Bars ainsi que les serveuses.Ils devraient être exceptionnels pour résister à autant de bruit, mon Dieu!!

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